Voici la colère bretonne, la grève du Joint França
La grève du Joint français est une grève des ouvrières de l'usine du "Joint français" (filiale de la Compagnie générale d'électricité) à Saint-Brieuc qui dure huit semaines. Elle commence le 13 mars 1972 et s'achève le 8 mai 1972, la direction ayant cédé aux revendications.
Les revendications portent essentiellement sur une égalisation des salaires avec ceux de la maison mère de Bezons, dans le Val-d'Oise, supérieurs d'environ 20 % à travail égal.
Ce qui caractérisa ce conflit social fut sa durée et la solidarité de toute une frange de la population. Ainsi une collecte de soutien permit de récolter plus d'un million et demi de francs pour les grévistes et les paysans leur offrirent de la nourriture. Des artistes tels que Gilles Servat, Tri Yann, Claude Nougaro, etc. participèrent à cet effort, tandis que le maire PSU, Yves Le Foll, soutenait celui-ci.
Voici la colère bretonne - grève du Joint Français, 1972, 1h02, couleur, sonore.
La caméra filme les paysans qui apportent le ravitaillement, les distributions, les vivres aux grévistes, les galas de solidarité, le jour des négociations à l'inspection du travail, elle suit les grévistes qui séquestrent les patrons récalcitrants et là elle devient une arme totalement intégrée à la grève : un gréviste tient les deux floods de 1 000 Watts et prend plaisir à éblouir les patrons, un autre tient le micro qui est placé sous le nez de M. Fourt, l'homme aux pleins pouvoirs dans la CGE ; les ouvriers libérés chantent l'Internationale le poing levé, les patrons ne savent plus où se mettre : la caméra tourne, personne n'y voit d'inconvénient, chacun comprend que ce sera important de transmettre plus tard des images de ce qui se passe en ce moment : le monde à l'envers. (catalogue Torr e benn)
TORR E BENN, La contestation a dautres voix
A linverse des autres, le groupe Torr e Benn, créé en 1972 lors de la grève du Joint Français de Saint-Brieuc, est un collectif sans existence officielle. Le groupe réalisera jusquen 1975, des films spontanés mettant en images des grèves et des manifestations. Dans la mouvance des idées de Mai 68, mais dhorizons différents, les membres du collectif sont entre la Bretagne et Paris : Jean-Louis Le Tacon est alors étudiant en sociologie à Rennes, Patrick Prado, a déjà participé à lAssociation Populaire dImage Cinéma (APIC) à Paris, il y a aussi Geneviève Delbos.
Torr e Benn tire son nom de la devise des paysans révoltés de 1775, les bonnets rouges, dont la devise était casse-leur la tête
Les films étaient réalisés en Super 8, souvent saisis au grand capital, expédiés au labo et montés quinze jours plus tard pour être diffusés. La vidéo sera rapidement utilisée pour une plus grande liberté daction : on filmait le matin, on montait ou pas- laprès-midi et on diffusait le soir
Dabord ce qui importait, cétait principalement lengagement militant auprès des ouvriers bretons et des paysans, ainsi que dans le mouvement breton, et cela dès le début. Jean-Louis Le Tacon
Par : Cinémathèque de Bretagne